Onde pure …Clearstream… ce bon La Fontaine avait tout vu, à chacun de choisir qui est le loup et qui l’agneau, sans oublier le “si ce n’est toi c’est donc ton frère”.
Cette affaire nous intéresse nous, informaticiens car à la base il y a ce fameux listing ( en réalité une feuille Excel ) falsifié .Personne n’y aurait cru si la liste avait été manuscrite, mais là ça sort d’un ordinateur donc c’est à priori vrai..
Fabuleux exemple du mensonge le plus répandu en ce siècle : le mensonge par tableur, si crédible, si sérieux.. On peut en rire mais, franchement, dans nos belles entreprises, sommes-nous à l’abri ? Combien de décisions prises sur la foi d’une belle présentation powerpoint intégrant de splendides feuilles de calcul sans remettre en doute les chiffres sortis pour l’essentiel du cerveau du directeur financier ou du contrôleur de gestion.
Car si les informations sorties de nos systèmes de gestion sont relativement sécurisées ( audit trail et tout ça) elles sont après manipulées par des procédures ad-hoc sans aucun contrôle ..
Alors faudra-t-il certifier les quelques millers de feuilles Excel qui rendent l’information brute présentable et “belle”? pas simple..mais en attendant nous ne sommes pas à l’abri de petites affaires Clearstream internes …
Et puis, il y a déjà des victimes collatérales de Clearstream : l’informatique ( pas fiable : la preuve..) et les informaticiens, un des personnages étant présenté par la presse comme un informaticien génial.
Vraiment, pour ajouter des lignes sur un tableur, quel génie!
Et si c’est bien l’image que se fait la grande presse de l’informaticien génial, comment nous voient-ils, nous , les pas géniaux ?
Bon, finalement j’ai trouvé qui sont les agneaux (le buveur, ses frères et ses cousins) : c’est nous!
Sommeillant plus ou moins devant le journal de Canal+ je suis réveillé par une nouvelle incroyable!
En deux mots , une entreprise sud-africaine de call-centers, ayant besoin d’échanger des fichiers entre ses onze centres et trouvant le réseau trop lent, a trouvé une solution originale et bon marché :
elle attache des clés USB à la patte de pigeons-voyageurs
Comme nous n’étions pas le 1er avril je pense que cette information est exacte et c’est formidable : combien de fois n’avons-nous pas répondu, à nos utilisteurs qui trouvent le réseau trop lent ou trop cher ( ou les deux) : ben il reste la solution des pigeons-voyageurs! Quels visonnaires nous étions !
La morale est qu’il faut se méfier des délires et autres utopies : ça finit toujours par arriver
Maintenant j’attends la suite
Le PC qui fait le café, la V2 qui intègre tout ce qui était promisdans la V1, l’ERP sans bug, la hot-line à la fois compéténte et disponible, le projet à l”heure..
Une étude de la Warwick s’étonne que peu de DSI (ou de DAF) mesurent le R O I des opérations d’ousourcing après quelques années de contrat.
Quelle surprise ! Tout le monde sait que le R O I est obligatoire pour lancer un projet un peu important et on l’évalue au mieux (avec une grosse louche)AVANT . Quant à le mesurer après … c’est une autre affaire. Car il se passe des années avant d’obtenir les bénéfices et entre-temps, tant de paramètres ont évolué (périmètre, fonctions, technologies, marché, équipes) que ce calcul relèverait au mieux du doigt mouillé, au pire de la manipulation, voulant prouver, suivant le climat, que la décision initiale était bonne ou mauvaise .
Le R O I est aussi adapté à mesurer la performance informatique qu’une chaîne d’arpenteur pour la taille des molécules !
Mais reste la dictature du coût, imposée par nos financiers néo-pythagoriciens et leur outil favori : le tableur . Alors, comme pour toute doxa, on fait semblant d’y croire.. mais personne n’est dupe : la vraie valeur d’un projet informatique se trouve dans l’évolution organisationnelle de l’entreprise, pas dans les coûts de la DSI !
Pour en revenir à l’outsourcing j’ai ma propre liste de critères :
1 Existe-t-il un vrai marché pour cette prestation (au moins trois fournisseurs crédibles ..et une réelle possibilité de changer en cas de soucis..)?
2 Est-ce une activité sans valeur ajoutée forte ?
3 Est-ce ou non une compétence-clé de l’entreprise?
4 Est-ce à coûts à peu près identiques au départ?
Bien sûr le critère majeur est le premier : outsourcer n’a de sens que si l’on espère trouver chez les fournisseurs un professionnalisme plus grand que ce que l’on a en interne …et la possibilité de mise en concurrence régulière assurera un différentiel favorable des coûts.
..et franchement, en 15 ans d’exercice je n’ai pas eu à me plaindre ..mais je n’ai jamais eu le culot d’ exhiber un ROI après 3 ou 5 ans!
Entendu à la radio : les résultats aux tests éducatifs s’améliorent .Bravo!
Sauf qu’en creusant un peu les chercheurs ont découvert que la seule chose qui s’améliorait vraiment était ..la capacité à répondre aux tests, rien de plus.
Et là on tombe sur un phénomène systémique bien connu : les enseignants adaptent leurs cours en fonction de ces tests mais cela ne signifie pas que le niveau global monte .
En réalité ceci n’est qu’une illustration du 32éme théorème de lambert ( pas de copyright..) :
” Toute organisation apprenante tend à maximiser sa mesure ”
Et comme, grâce à nos superbes systèmes nous arrivons à mesurer à peu près tout, le danger se précise d’arriver à des organisations entièrement focalisées sur leur mesure ….au détriment de tout ce qui n’est pas mesurable, ou que l’on a omis de faire figurer dans les objectifs.
Pour certaines fonctions, les critères semblent simples : ventes, stocks, rebuts respectivement pour le commerce, la logistique et la production . Mais les pièges sont nombreux : la bonne mesure pour un vendeur est-elle la commande, l’encaissement, la marge? pour un logisticien est-ce le niveau global des stocks ou les back-orders?
Et pour les DSI ça se complique : une production mesurée sur la disponibilité aura tendance à retarder la réception de nouvelles applications , source bien connue d’emmerdements divers .. un chef de projet mesuré sur coûts et délais passera peut-être un peu vite sur les tests ..
Pas de formule magique, pas de science révélée : à chacun de mettre en place le meilleur ou le moins mauvais système car s’il faut mesurer (ce qui ne se mesure pas ne s’améiolre pas) il faut aussi anticiper les conséquences de cette tendance irréversible à maximiser sa mesure perso !